Christophe Marie s’est consacré entièrement au Budô depuis l’âge de 14 ans. Ses débuts passaient par le Jûdô et, après le Ki-no-Michi de Maître Noro. Cependant, c’était en 1981 qu’il a eu l’occasion d’assister à un stage d’Aikidô sous la direction de Maître Tamura Nobuyoshi Shihan. Il était profondément marqué par le travail de ce Maître et dès lors il s’est donné corps et âme à l’étude de l’Aikidô tel que l’enseignait Tamura Sensei. Un élément central dans l’enseignement de Maître Tamura était le maniement du sabre à la source de tant d’aspects fondamentaux de la discipline. Sensei était aussi un pratiquant accompli de Iai, le dégainage et la coupe du sabre à partir de sa position dans la ceinture. Maître Tamura avait étudié avec Maître Haga Junichi durant sa jeunesse auprès de Ueshiba Sensei. Christophe était mordu et il ajoute la pratique assidue du Iai et du sabre japonais à sa pratique d’Aikido – son chemin ainsi trouva sa définition pour les quarante et un ans suivants de sa vie.

Cela va sans dire que Christophe a atteint un haut niveau de compétence technique dans ces deux disciplines. Mais l’aspect où il a développé une vraie capacité extraordinaire était dans l’enseignement. Il existe de nombreuses personnes qui deviennent fortes techniquement, mais ce n’est pas donné à beaucoup de pouvoir transmettre… Christophe avait une nature généreuse. Il partageait entièrement et avec joie sa connaissance avec ceux qui suivaient ses cours – il n’y avait jamais de réticence ni de critique vis-à-vis de ses élèves. Il créait une discipline dans une atmosphère de bien-être. Il ne s’arrêtait jamais sur une faute mais, bien au contraire, trouvait les mots d’encouragement qui faisaient naître le meilleur chez l’élève. Il percevait  ce qui devait être acquis et peaufiné et, inlassablement, il continuait jusqu’à obtenir l’objectif – le tout avec un sourire contagieux… Le Dôjô du Chemin Vert à Caen a connu cette ambiance de travail et d’étude sous sa direction 35 ans durant.

Christophe ne se contentait pas de rester dans l’atmosphère confortable de son Dôjô. À chaque occasion qu’il lui était possible, il prenait le chemin vers un stage où il se perfectionnait sans cesse auprès de Maître Tamura, de Maître Yahagi, parmi d’autres Maîtres japonais de haut niveau. Il était très engagé auprès de la Fédération Européenne de Iai avec Tiki Shewan, Pascal Krieger et René VanDroogenbroek. En effet, il était parmi les premiers à œuvrer dans la création de la FEI et, avec Dominique Pierre, Daniel Leclerc et Jaff Raji, faisait partie du conseil des 4 Kuden Shûgo – les gardiens de l’orientation de l’organisme et enseignants de référence. Il y a 3 ans chacun des Kuden Shûgo et les Directeurs Techniques de la FEI se sont donnés la tâche de mettre au point des Kumidachi visant à faire ressortir des aspects fondamentaux inhérents dans la globalité de l’enseignement FEI du sabre japonais. La contribution de Christophe porte le nom “Sen-no-Awase”. Ce nom indique le sens du travail et ce que l’on doit développer lors de l’exécution de ce Kata – à savoir « L’Unité de la Perception Intuitive en Amont de l’Action”. En effet, ceci représente « un vaste programme…! »
 

 

Le parcours de Christophe était immense mais si je peux me permettre une réflexion – quelque peu choquante peut-être – la prouesse technique n’est pas ce qui est important dans la Voie du Bu (budô). Je doute fort qu’un Kote Gaeshi, aussi fulgurant qu’on ait pu acquérir durant sa vie, serve à grand’chose dans l’après…! Nous devons regarder ce que la personne a pu développer en lui intérieurement. La grande qualité que j’ai toujours ressentie et admirée chez Christophe est “Shinobu” – c’est une qualité spirituelle que l’individu peut passer une vie à acquérir. Christophe possédait une discrétion exceptionnelle. Il respectait les autres toujours en premier, il ne se mettait jamais en avant, toujours attentif à ne jamais déranger ou blesser autrui. Toujours en observation mais toujours ‘en amont de l’action’ comme sa création. Le concept de “Shinobu” dans le Budô est un des très grands principes que nous devons toutes et tous chercher à comprendre. C’est accessible à peu – Christophe l’incarnait…
M.T. Shewan et 
Pascal Krieger
 
Le grand kanji; SHINO(bu) en prononciation japonaise se dit également NIN en sino-japonais. C’est le NIN de Ninja. La partie supérieure est « la lame » et dessous figure KOKORO, « le coeur », une description assez claire de son sens: « endurer, supporter ».
 
Concernant la calligraphie en petit caractères, l’idée m’est venue quand Chantal, la femme de Christophe, m’a envoyé une photo du lieu ou repose notre cher ami… sous un bel arbre. Le sens est: « Bien que l’arbre change ses feuilles, il préserve ses racines… » (prononciation japonaise: Ki wa Ha wo Kaetemo, Ne wo Tamotsu). P. Krieger